Archives de catégorie : Séances du jeudi soir

Leila et ses frères, de Saeed Roustaee

 

LEILA ET SES FRÈRES, de Saeed Roustaee

On a pu découvrir le cinéaste iranien Saeed Roustaee il y a juste un an avec un film choc : La loi de Téhéran, qui montrait une capitale iranienne gangrenée par la drogue, et dont vous avez sans doute retenu quelques scènes frappantes : celle de la course poursuite qui ouvre le film, celle de ces toxicomanes vivant dans des tubes de béton, ou encore celle de la rencontre entre un condamné à mort et sa famille dans une prison.

Après ce polar social, le réalisateur revient avec une chronique familiale et sociale, à travers laquelle il dresse le portrait de la classe moyenne iranienne, une classe qui s’est appauvrie dans les dernières décennies, ce que montre bien le décor : un tout petit appartement dans lequel la promiscuité crée forcément des tensions.

Malgré le titre centré sur le personnage de Leila, il parvient à nous faire partager le point de vue de tous les membres de la famille autour d’une question simple : que faire du magot accumulé par le père de famille ? Cette question cristallise notamment la fracture entre la tradition (le père voudrait profiter de cet argent pour devenir le parrain du clan familial, la plus haute distinction qui soit dans la tradition persane) et la modernité (les enfants voudraient utiliser cet argent pour améliorer leur vie quotidienne).

Le film dure 2h50, avec une 1ère heure assez bavarde, mais cela vaut la peine de passer ce laps de temps pour rentrer dans une œuvre qu’on a pu comparer au Parrain. La 1ère scène, comme celle de la loi de Téhéran, est d’ailleurs un beau modèle de mise en scène avec son montage parallèle entre 3 personnages, 3 lieux, 3 actions.

 

Goodnight soldier, de Hiner Saleem

 

Hiner Saleem est un des rares cinéastes kurdes. Il est né en 1964 au Kurdistan irakien, dans une famille engagée dans le combat pour l’autonomie du Kurdistan. Il a raconté son enfance dans un récit autobiographique Le fusil de mon père. A l’âge de 10 ans, il découvre la TV qui ne diffuse que des émissions en arabe, c’est à ce moment qu’il décide de faire parler cette boîte en kurde.

A 17 ans, sans prévenir sa famille, il quitte seul l’Irak pour rejoindre l’Italie, où il découvre le cinéma italien, puis la France, où il s’installe. Il dit aujourd’hui qu’il se sent « à 100% kurde et à 100% français. »

Toute sa filmographie traite, d’une manière ou d’une autre et à travers des genres très différents, de la question kurde ; je vous recommande en particulier le film Vodka Lemon, un film qui peut évoquer l’univers de Kusturica, qui raconte dans une forme de réalisme poétique l’histoire d’un vieux kurde arménien attendant un mandat de son fils exilé en France.

Mais le film qui l’a fait connaître du grand public, en 2013, est My sweet pepper land, western kurde moderne et féministe dans lequel on entend Golshifteh Farahni jouer du hang.

 

Le film de ce soir est en partie une réécriture kurde de Roméo et Juliette ; il est aussi inspiré d’une histoire vraie, celle d’un peshmerga engagé contre l’Etat islamique devenu impuissant à la suite d’une blessure. Ce sujet lui permet d’aborder, comme très souvent dans ses films, le rôle et la place des femmes dans une société encore très patriarcale où la femme est considérée comme « l’honneur » de l’homme. Il nous montre ici des personnages modernes dans une société encore étouffée par les traditions.

Même si le sujet est grave, tous les films de Saleem sont aussi empreints d’humour, j’espère que ce film vous donnera envie de découvrir l’œuvre de ce cinéaste !

L’Année du requin, de Ludovic et Zoltan Boukherma

 

L’Année du requin

Pour débuter la présentation du film de ce soir, l’année du requin, je voudrais commencer par remercier les parents de Ludovic et Zoltan Boukherma, ces deux jeunes réalisateurs tout juste trentenaires formés à l’école de la Cité dirigée par Luc Besson.

Merci Mme boukherma d’avoir transmis votre passion pour Stephen King à vos deux jumeaux de fils en leur lisant les nouvelles de Rêves et cauchemars.

Merci aussi de leur avoir visionné Carrie, The Shining, Misery et aussi la série des Contes de la Crypte sur cassettes VHS louées au vidéo club près de chez vous, là-bas à Port Sainte Marie dans le Lot et Garonne.

Merci Monsieur Boukherma de vous être laissé subtiliser votre caméscope par vos jeunes fils assistés de leur cousine afin qu’ils assouvissent leur passion pour les films d’horreur.

Ainsi ce soir nous pouvons assister à la projection de leur 3ème long métrage qui pourrait avoir la triple vertu d’être spectaculaire, de nous divertir et de faire réfléchir sur la société française d’aujourd’hui.

Je laisse donc la place au film et comme on dit dans le Bugey : ENJOY ! Bon film !

Doris ORLUT

As bestas, de Rodrigo Sorogoyen

 

Rodrigo SOROGOYEN est né à Madrid en 1981. Son grand-père, cinéaste, a découvert en son temps le très jeune chanteur Joselito et a bâti toute sa carrière et sa fortune sur les tournages qu’il a réalisés avec l’enfant prodige.

Baigné dans le cinéma dès son plus jeune âge, Rodrigo fait ses études à l’Ecole du Cinéma de Madrid. Dans le cadre de l’opération Erasmus, il vit un an à Nantes, ville qui consacre une bonne part de son budget à la Culture. Il découvre avec ravissement la diversité et la richesse de la culture française qu’il compare avec la culture espagnole sévèrement réduite sous le franquisme. C’est à la mort de Franco que s’est développé le mouvement culturel de la Movida. J’en garde un souvenir précis : Pedro Almodovar en drag queen, bas résilles et talons aiguilles, déchaîné, dansant sur les tables au milieu de la foule !

Rentré en Espagne, Rodrigo s’associe avec son amie Isabel PENA, et très vite il fonde sa propre société de production « Caballo Films ».

Dès ses débuts, « Madre », « El Reino », «  Dios nos pardone », le monde du Cinéma est séduit par son rythme, sa très belle photographie, sa direction d’acteurs, «tout le talent incroyable de ce cinéaste espagnol qui dissèque avec génie la mécanique d’une société qu’il juge monstrueuse » .

« As Bestas » va vous faire redécouvrir deux acteurs français que vous connaissez et appréciez depuis longtemps : Denis Ménochet et Marina Foïs, dans des rôles totalement imprévus où ils sont excellents. Il faut dire qu’ils sont tous les deux capables de tout jouer, du drame le plus sombre jusqu’à la comédie la plus débridée, en passant par toutes les nuances intermédiaires avec la plus grande aisance, depuis « Jusqu’à la garde » pour l’un et à « Rrrr » pour l’autre…

Et tous les deux surchargés de propositions demeurent sympathiquement modestes.

Marina explique : « je ne risque pas de prendre la grosse tête, avec mes deux fils, 17 et 15 ans. Dans un musée, deux personnes me demandent un selfie, et je les rabroue : devant un tableau de Goya, c’est moi que vous voulez photographier ? Et mes 2 fils m’ont immédiatement reproché d’être prétentieuse, désagréable et donneuse de leçon ! »

Conscient lui aussi de la relativité des choses, Denis Menochet nous raconte ; « Tout a changé pour moi lorsque Tarantino m’a choisi pour « inglorious Bastards ». Quand, convoqué pour le casting, j’ai croisé Gérard Depardieu et Daniel Auteuil, je me suis dit « C’est plié ». J’ai fait ma petite prestation devant Tarantino et je suis rentré dans ma Bretagne. Quand j’ai reçu le coup de fil, je suis tombé par terre en pleurant. Et voyez vous, avant Inglorious Bastards, quand je racontais une bonne blague, personne ne riait et maintenant dès que je dis un mot, tout le monde se tord de rire ».

Découvrons donc ce qu’ils sont devenus, ainsi que les acteurs espagnols eux aussi excellents, sous l’œil de la caméra de Rodrigo Sorogoyen.

Marion Magnard

La nuit du 12, de Dominik Moll

La nuit du 12

 

A l’origine de ce film, il y a un livre écrit par une journaliste, Pauline Guéna, qui a suivi en 2015 et 2016 le quotidien des brigades criminelles de la Police judiciaire de Versailles. De cette expérience, elle a tiré le récit intitulé 18.3 – Une année à la PJ. C’est un livre de 500 pages, un grand réservoir d’histoires vraies parmi lesquelles Dominik Moll en a retenu une, celle d’une jeune fille immolée alors qu’elle rentrait chez elle. Ce qui l’a frappé dans cette histoire n’est pas le crime lui-même, mais le rapport qu’un des policiers entretient avec cette affaire, l’obsession et le trouble que peut provoquer chez un enquêteur un crime irrésolu.

En effet, contrairement aux films policiers traditionnels qui commencent par le crime et s’achèvent sur l’identification de l’assassin, Dominik Moll annonce d’emblée au spectateur que ce qui l’intéresse ici, c’est le mystère, qui dévoile beaucoup plus les mécanismes de l’institution et les ressorts humains que sa résolution. Et plus précisément, ce qui est au cœur de film, c’est le rapport entre les hommes et les femmes. Dans le film, les policiers prennent conscience qu’ils ne sont pas seulement des hommes qui traquent des assassins, mais aussi des hommes dans un monde où ce sont les hommes qui tuent les femmes.

Dominik Moll a choisi de délocaliser cette histoire pour la situer dans les Alpes, afin de sentir la présence oppressante et majestueuse des montagnes, et plus précisément à Saint Jean de Maurienne, ville où se mélangent industrialisation et nature, barres d’immeubles et quartiers cossus.

Le scénario a été écrit par Dominik Moll et Gilles Marchand, également réalisateur de la série Grégory pour Netflix, sur une autre affaire non résolue. Les 2 policiers sont interprétés par Bastien Bouillon et Bouli Lanners, ils forment un duo contrasté et attachant, entouré d’une équipe d’enquêteurs très soudée. Mais les personnages féminins sont aussi très importants : notamment celui de Nanie, la meilleure amie de la victime, joué par Pauline Serieys (qui avait obtenu un César pour son rôle dans Une famille à louer) ou encore la juge incarnée par Anouk Griberg .

Pour son réalisme, ce film a été comparé à L 627, de Tavernier, mais on peut y voir aussi un plaidoyer pour la sauvegarde d’un service public menacé.

NITRAM, de Julien Kurzel

NITRAM, de Julien KURZEL – le 21 juillet 2022

Présentation de Marion Magnard

 

Julien KURZEL est né en Australie en 1974 .

En 2011, son premier film, « les crimes de Snowtown » inspiré d’une histoire vraie, est d’emblée présenté au Festival de Cannes dans la Catégorie « La Semaine de la Critique ». Il. reçoit un bon accueil, les critiques parlent d’un premier film « âpre, abouti et parfaitement maîtrisé ».

Son deuxième film, en 2015, adaptation du Macbeth de Shakespeare, avec notre Marion Cotillard dans le rôle de Lady Macbeth, est présenté à Cannes en sélection officielle mais les critiques auront la dent dure et le public sera tout aussi sévère. On reconnait la qualité de la mise en scène mais ironise sur « une tragédie transformée en blockbuster ». En guise de promotion Marion dira seulement : « ce film m’a valu de monter les marches sur le tapis rouge dans une très jolie robe très sexy ».

« Nitram », comme « Les crimes de Snow town », est inspiré d’un drame réél, qui a bouleversé l’Australie en 1996. Il est présenté à Cannes dans la sélection officielle 2021. Caleb Landry Jones que vous avez rencontré notamment dans « les 3 panneaux de la vengeance » et dans « no country for old men », reçoit le prix d’interprétation masculine, amplement mérité. Vous allez sûrement admirer la mise en scène de KURZEL Je me permets d’attirer votre attention sur le cadrage qui a une signification précise chez le réalisateur. Et sans doute aurez vous une pensée pour Michael Moore et son « Bowling for Colombine », ou pour « Elephant » de Gus Van Sant, et aussi« Sweetie » de sa compatriote Jane Campion…

Mais Julien KURZEL nous précise sa position par rapport à ses prédécesseurs: « Je ne recherche pas le pathos, ni la révolte, ni l’empathie, je cherche seulement à comprendre comment on en arrive là. Je voulais que le public, en particulier celui qui est favorable au port d’armes, passe un moment avec un personnage qui ne devait pas, en toute évidence, avoir accès aux armes à feu ».

Le film est sous tension, et les seuls moments de sérénité nous sont apportés par Helen, jouée par Essie Davis, l’épouse du réalisateur, et aussi quand KURZEL filme la somptueuse nature de la Tasmanie, l’ île de l’Australie où a eu lieu le drame de 1996 et où a été tourné le film.

Et c’est en Tasmanie que Julien KURZEL a tenu à aller vivre avec sa femme et ses deux filles jumelles Stella et Ruby.

Marion MAGNARD

 

A l’ombre des filles, d’Etienne Comar

 

Quelques mots sur le réalisateur  du film de ce soir: Etienne Comar, diplômé de l’école de cinéma parisienne: la Femis . Nous n’avons pas forcément remarqué son nom aux génériques , cependant  nous verrons  qu’il a participé  à de nombreux films qui nous sont connus.

Il y a quelques années, après la mort de son père, il a rejoint un groupe de rock amateur: il écrit alors les paroles de chansons et les interprète.il dit que  l’expérience libératrice du chant lui a permis de faire son deuil. Et c’est à la suite de cette  découverte émotionnelle qu’il s’est mis à écrire des scénarios  puis à les réaliser.

Il  a commencé à travailler en tant que scénariste et producteur sur plusieurs films de Xavier Beauvois: » Des hommes et des dieux », « La rançon de la gloire », sur le film de Maïwenn « Mon Roi« .il a co-produit « Timbuktu »  de Sissako, « Visages , Villages  » d’Agnès Varda. Puis il  a écrit, réalisé et produit  son 1er film en 2017″:Django » avec Reda  Kateb. La musique se retrouve au coeur de son 2ème long métrage: « A l’ombre des filles « .Ce n’est pas un hasard car la musique tient une grande place dans la vie d’E.Comar

Il écoute souvent du chant lyrique, de la musique baroque, fasciné par les voix de contre-ténor. Et c’est le rôle  d’un contre-ténor de renommée internationale qu’il a  confié à Alex Lutz dans le film de ce soir. Alex Lutz  incarnait  déjà  un chanteur dans le film « Guy ». Etienne Comar  a choisi cet acteur multiple, caméléon, car dit-il « il est capable de se mettre dans un état de grande perméabilité »

Agnès Jaoui, Hafsia Herzi (qu’on a vue  dans « la graine et le mulet« ), Marie Berto … complètent le casting auquel il a ajouté des actrices non-professionnelles. Ce sont les vraies  voix des comédiens  qu’on entend dans les chants, une seule fois,  Alex Lutz a été doublé pour un morceau d’opéra qui nécessitait une technique vocale professionnelle

Sur le plan technique, le réalisateur a filmé en pellicule argentique et non en numérique, en format 1,33, idéal pour les visages en gros plan. Ce cadre  restreint de l’image est conservé tout au long du film… tout un symbole. En effet c’est dans un milieu carcéral féminin qu’Etienne Comar nous entraîne., même s’il se refuse à le mettre en scène. Seul , pour lui , compte ce qui se passe autour du chant, devenu expérience collective dans un univers où l’isolement est pourtant de mise.

Denise Brunet

Murina, de Antoneta Alamat Kusijanovic

La réalisatrice de ce film est une jeune femme née le 27 septembre 1985 à Dubrovnik, ville de Croatie située au bord de l’Adriatique et qui vit aujourd’hui à New York. Elle a réalisé en 2017 un 1er court métrage remarqué et primé dans de nbx festivals : Into the blue. Il s’agit de son 1er long métrage, qui a pu voir le jour grâce à différents soutiens , il a notamment été coproduit par M Scorsese.

Son lieu de naissance et le titre de ses 2 films (Into the blue, Murina = murène) nous donnent une indication sur le cadre du film de ce soir. En effet, la mer est une inspiration profonde pour la cinéaste qui passait toutes ses vacances de petite fille sur l’île où habitait sa grand-mère. Elle met en scène une île au large de la Croatie, une île qu’elle ne veut pas filmer comme une carte postale, non pas pour sa beauté mais pour les émotions qu’elle permet d’exprimer. Ainsi, le film n’a pas été tourné sur une seule île mais sur 3 différentes, notamment pour obtenir un paysage dénué d’arbres. Le lieu est beau mais pas confortable, sans ombre pour se cacher ; seule la mer offre alors des refuges, mais qui peuvent aussi être des pièges.

Le sujet de ce film se trouve déjà en germe dans son précédent court métrage et elle en parle ainsi : « Il était important, pour moi, de raconter l’histoire de ces deux générations de femmes piégées dans le machisme et la violence, ce que beaucoup d’entre nous appellent la « mentalité croate ».

L’actrice principale accompagne la réalisatrice depuis ses études de cinéma et elles ont travaillé ensemble pendant 4 ans pour préparer le rôle. Elle est entourée d’acteurs qui ont été choisis pour la soutenir dans ce rôle, dont une star : Cliff Curtis, néo-zélandais qui a tourné dans de nombreux films américains connus (Training day, En eaux troubles…)

Beaucoup de 1er longs métrages ces temps-ci (Hit the road,Lla colline où rugissent les lionnes…) . Bonne découverte et bonne soirée !

 

LA COLLINE OU RUGISSENT LES LIONNES, de Luana BAJRAMI

LA COLLINE OU RUGISSENT LES LIONNES, de Luana BAJRAMI

Luana BAJRAMI est née au Kosovo en 2001. Elle a 7 ans quand ses parents s’installent en France, et 10 ans quand son père l’amène au cinéma pour la première fois. Elle nous raconte « j’étais fascinée, et je déclare à ma mère que je serai actrice et que je ferai des films, et rien d’autre ». Sa mère, très à l’écoute de sa fille, lui achète un camescope rose, l’inscrit à des cours de théâtre et à des castings où l’on s’arrache cette belle petite fille aux grands yeux si expressifs et aux longs cheveux bruns. Et dès lors, elle joue avec les plus grands acteurs, et pour les plus grands réalisateurs. Pour vous la situer je rappellerai au hasard quelques titres de son importante filmographie très variée : Elle joue dans « Ibrahim » d’Abdel Bendaher, avec Laurent Lafitte dans « l’heure de la sortie », une servante enceinte dans «  le portrait d’une jeune fille en feu » de Céline Sciamma.

A 17 ans elle passe son bac avec mention très bien et n’a pas 20 ans lorsqu’elle tourne le film que vous découvrez ce soir et qui d’emblée est présenté en 2021 au festival de Cannes dans la sélection La quinzaine des Réalisateurs.

Son film est à la fois une ode à la jeunesse et un hommage vibrant et sensuel au Kosovo, à son village de Pleshina où elle revient chaque année retrouver sa cousine et ses amies d’enfance. Et elle est frappée par le fossé entre la prison de carcans sociaux dans laquelle sont enfermées ses amies, et la liberté dont elle jouit en France. Son film exalte le courage et la détermination de ses amies, et elle se demande si elle est légitime pour être leur porte-parole…

Peut être sentirez vous comme un parfum des films de Sofia Coppola ou de « Mustang » de Deniz Ergüven ?

Et vous allez admirer de magnifiques comédiennes, filmées parfois caméra à l’épaule par une réalisatrice très jeune certes, mais qui sait déjà fort bien choisir ses cadrages.

Marion Magnard

Hit the road, Panah Panahi

Hit the road, de Panah Panahi

J’ai le plaisir de vous inviter à assister ce soir à la naissance d’un cinéaste. Certes son patronyme est déjà très connu, puisque son père Jafar Panahi est un célèbre réalisateur faisant partie de la Nouvelle Vague iranienne, dont vous avez probablement vus Trois visages, Taxi Téhéran ou Hors jeu.

Mais c’est du fils qu’il est question ce soir, Panah Panahi. Vous imaginez bien qu’il est tombé dans le cinéma quand il était tout petit et qu’il assisté aux tournages de son père, il a ensuite fait des études de cinéma et a toujours bénéficié du soutien et des conseils de son père. Mais ce film lui a déjà permis de se faire un prénom. Présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes en 2021, il a été très remarqué. Il en a lui-même écrit le scénario en s’inspirant de l’expérience d’un de ses amis. En effet, le film s’apparente à un road movie familial mais on sent très vite que le voyage en question n’est pas un simple départ en vacances. Néanmoins je n’en dirai pas plus sur le sujet que vous allez découvrir par vous-mêmes.

Quelques mots sur la musique : les chansons que vous entendrez dans le film sont des tubes avec lesquels les Iraniens ont grandi avant la révolution islamique de 1979, chansons interdites aujourd’hui par le régime en place.

Quant aux acteurs : ceux qui interprètent les parents sont des acteurs de théâtre à qui le huis clos dans la voiture convient très bien. L’enfant âgé de 6 ans au moment du film, avait déjà tourné dans une série à succès, et vous devinerez en le voyant qu’il a fallu beaucoup d’énergie pour le diriger.

Un film qui alterne entre tendresse et agacement, cadres étroits et paysages grandioses, conte et drame, humour et mélancolie mais qui dégage toujours une impression d’authenticité.