Ama Gloria, de Marie Amachoukeli.
Ama Gloria a été présenté à Cannes et vient de sortir il y a 15 jours, et voilà un film qui met tout le monde d’accord : critiques et spectateurs s’accordent sur le caractère sensible et émouvant de cette histoire simple, celle d’une relation entre une enfant et sa nounou originaire du Cap vert.
Sa réalisatrice, issue de la FEMIS, a co-écrit et réalisé plusieurs courts métrages remarqués en collaboration avec Samuel Theis et Claire Burger et, en 2014, elle est passée avec eux au long métrage avec Party girl, l’histoire de la mère de Samuel Theis, entraîneuse de cabaret qui accepte de se marier avec un de ses clients réguliers.
On retrouve la même veine réaliste et autobiographique avec Ama Gloria, en effet, ce film est dédié à Laurinda Correia, concierge d’origine portugaise qui s’est occupée de la cinéaste lorsqu’elle était petite et qui est retournée vivre au Portugal quand elle avait 6 ans. Marie Amachoukeli parle ainsi de la genèse du film : « Avec ce film, j’avais envie de raconter la place de quelqu’un qui s’occupe d’un enfant pour gagner de l’argent car c’est son travail, et comment parfois cela déborde » « Dans notre société, où la place de la mère est sacralisée, je crois que c’est tabou de dire qu’il n’y a pas que les parents qui peuvent avoir un amour débordant pour leurs enfants, ou qu’à l’inverse un enfant peut ressentir cet amour-là, absolu, pour une personne qui n’est pas son parent. Tu ne le dis même pas à ta propre famille. C’est un amour secret, presque clandestin, qui n’est jamais formulé. Et justement parce qu’il est secret, j’ai eu envie de le raconter. »
Cependant, elle a situé l’origine du personnage au Cap Vert plutôt qu’au Portugal, ce qui est lié au choix de l’actrice. En effet, pour le rôle de Gloria, elle a rencontré beaucoup de nounous de plusieurs générations qui lui ont confié leurs histoires. Elle a fait la connaissance de Ilça Moreno par l’intermédiaire de sa directrice de casting qui a eu un coup de foudre pour elle suite à un premier essai. Elle confie : « Ilça ressemble énormément au personnage de Gloria. Son parcours est très proche de celui du film, à moins que ce ne soit l’inverse. A l’origine, elle est infirmière au Cap-Vert. » « En arrivant en France, elle s’est occupée d’enfants, en particulier d’un garçon handicapé dont elle était très proche. Elle m’a raconté pudiquement une partie de sa vie, son village et ses trois enfants qu’elle a dû laisser à sa mère. La rencontre avec Ilça m’a permis d’enrichir le scénario, de l’inscrire dans la réalité d’un pays.
Toutefois le parti pris du film n’est pas de témoigner d’une réalité sociale, mais de reconstituer le point de vue de l’enfant. Pour cela, elle a voulu faire un film très sensoriel, au plus proche des personnages avec une caméra portée et beaucoup de gros plans pour saisir les gestes, les murmures. L’enfant qui interprète Louise n’a pas été trouvée dans les réseaux de castings, mais remarquée par la réalisatrice dans un parc où sa relation avec son frère témoignait de son caractère affirmé.
Le film se compose de 3 parties : la 1ère en région parisienne, la 2ème sur une île volcanique du Cap Vert et la 3ème sous forme d’animation : 12 minutes sous forme de peintures animées image par image.
Je vous laisse maintenant découvrir ce récit d’apprentissage qui est aussi celui dune double émancipation : celle d’une femme qui rentre dans son pays pour ne plus être l’employée de quelqu’un, et celle d’une enfant qui apprend à grandir.