Mon gâteau préféré, Maryam Moghaddam et Behtash Sanaeeha

Ce soir Toiles émoi vous propose Mon gâteau préféré, le second long métrage réalisé par .

Depuis la révolution de 1979, l’exercice du 7ème art en République Islamique d’Iran est remarquable. Comme nous le raconte la journaliste, Mahshid Bozorgnia lorsqu’un cinéaste a un projet de film, il doit d’abord faire approuver son scénario afin d’avoir une autorisation de réalisation. Puis l’œuvre terminée, un nouveau permis de projection est nécessaire afin de pouvoir être distribué dans les salles de cinéma. Ensuite, il peut encore y avoir des pressions par des fanatiques du régime qui, lors des premières séances, arrêtent le film car ils n’aiment pas le message et le font interdire.

Parmi les sujets particulièrement scrutés, on retrouve toutes les entorses au code de conduite et au code vestimentaire islamique : un homme et une femme qui se tiennent la main dans l’espace public, un voile mal positionné, la consommation d’alcool, autant d’exemples de franchissement de la ligne rouge, au-delà de laquelle les cinéastes risquent des années de suspension ou d’interdiction d’exercer. `

Leur premier long métrage, Le pardon qui avait pour thème l’erreur judiciaire et la peine de mort, mettait en scène un homme qui ne croyait plus au régime des mollahs. Il leur a valu 2 ans de poursuites judiciaires et l’interdiction du film.

Lorsqu’à nouveau libres, ils ont pu voyager, Maryam Moghaddam et Behtash Sanaeeha ont renoué des contacts avec des sociétés de production européennes et ont décidé de réaliser une comédie romantique sur la rencontre d’une femme âgée qui ne veut plus vivre seule et d’un homme qui ne veut pas mourir seul. Ainsi Mon gâteau préféré traite d’un thème universel, la solitude de l’âge dans un contexte particulier, celui de la société iranienne qui est empêchée de vivre dans son quotidien et où les femmes ont une double vie : une vie à l’extérieur et une vie intime.

La préproduction de Mon gâteau préféré est contemporaine au mouvement « Femme, vie, liberté ». Le tournage s’est déroulé autant que possible en secret même si la police a débarqué chez le monteur d’images pour confisquer les rushes dont une copie avait par chance déjà été envoyée en France.

Au décès de Mahsa Amini, un groupe de cinéastes et de professionnels du cinéma en exil a décidé de fonder l’Association des Cinéastes Iraniens Indépendants pour soutenir les réalisateurs indépendants et donner une meilleure représentation du pays dans les festivals internationaux.

Tourné principalement en intérieur et en plans fixes Mon gâteau préféré s’articule autour de 2 scènes de repas. Il commence par un gag et se termine par un événement tragique. Je vous laisse le découvrir en compagnie de Lily Farhadpour et d’Esmail Mehrabi.

Doris Orlut

Je suis toujours là, Walter Salles, 19 février 2025

 

JE SUIS TOUJOURS LA, de Walter SALLES – 19 février 2025 – Prs. Marion Magnard

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Walter SAJJES est né au Brésil à Rio de Janeiro en 1956. So père est banquier Sa famille habite une belle maison au bord de la plage de LE BLOND, à côté d’IPANEMA. Walter et son frère partagent jeux et baignades avec les 4 filles et le fils des voisins, Rubens PAIVA, ingénieur et député travailliste, et sa femme Eunice.

Après le coup d’Etat du Maréchal Blanco en 1964, commencent, avec le soutien de la CIA (l’opération « Brother Sam ») « les années de plomb » de la dictature militaire qui ne prendra réellement fin qu’en 1985. La famille SALLES part s’installer aux USA, puis en France.

Revenu au Brésil, Walter fait des études d’économie, puis de Cinéma. En 1998, son film, CENTRAL DO BRESIL, ours d’Or à Berlin, lui amène la consécration. Je me souviens vous avoir présenté ce film : une vieille dame désargentée, dans une gare, gagne quelques sous en rédigeant sans empathie les lettres de ceux qui ne savent pas écrire et quitte tout pour aider un petit garçon à retrouver ses parents. A la fois producteur et réalisateur, il réalise et produit plusieurs autres films dont « Carnets de Voyage », sur un épisode de la vie de Che GUEVARA que vous avez vu aussi. Puis il arrête toute activité de producteur et de réalisateur.

12 ans après, il découvre « je suis toujours là » le livre de Marcelo PAIVA, le camarade de son enfance, qui relate l’histoire de la famille de Rubens PAIVA, et sa vie (surtout celle de sa mère) après la disparition du père. Walter est bouleversé et, avec l’accord de Marcelo, décide d’adapter le livre sous le même titre.

Ce film, qui rend hommage à la Résistance brésilienne contre la dictature militaire et veut lutter contre l’oubli, avec en B.O. une floraison musicale de l’époque, a été accueilli avec un vibrant enthousiasme par une population en quête de reconnaissance. Rien qu’en salles, plus de 3 millions 500 000 brésiliens sont venus le voir et la chanson d’Erasmo Carlos, (« Ami, nous trouverons bien un moyen ») qui accompagne le générique pendant que défilent les véritables photos de la famille PAÏVA au temps du bonheur, est sur toutes les lèvres.

Aussi la critique plutôt tiède du journal Le Monde, qui reproche au film de trop tirer sur la corde sentimentale et une mise en scène trop classique, a-t-elle été très mal reçue par les cinéphiles brésiliens qui militent unanimement pour que « Je suis toujours là » reçoive l’Oscar du meilleur film étranger.

Et le 2 mars, vous remarquerez que grâce aux sélections attentives de votre CINEFESTIVAL et de votre association TOILES-EMOI vous aurez déjà vu la plupart des films qui seront oscarisés. …

La chambre d’à côté, Pedro Almodovar

 

La chambre d’à côté, Almodovar

Je ne vous ferai pas l’injure de vous présenter Pedro Almodovar, mais juste vous rappeler qu’il a fêté ses 75 ans à l’automne dernier et que, depuis 1980, le film de ce soir est son 23ème long métrage.

On peut également dire de lui que c’est un cinéaste fidèle : il a souvent tourné avec les mêmes acteurs, chefs opérateurs, il a fait 20 films avec le même monteur, et celui-ci est le 13ème d’affilée dans lequel il collabore avec Alberto Iglesias pour la musique.

Pourtant le film que vous allez voir aujourd’hui marque une rupture dans son œuvre à plusieurs titres :

  • c’est le 1er film qu’il tourne en anglais
  • c’est la 1ère fois qu’il tourne avec Julianne Moore, John Turturo, la 2ème fois avec Tilda Swinton (moyen métrage = la voix humaine)
  • c’est la 1ère fois qu’il travaille avec le chef opérateur Eduard Grau, qui a tenu à conserver le style d’Almodovar, notamment à travers l’utilisation de couleurs très vives et de décors très graphiques. Certains critiques ont pu reprocher au film d’être situé dans un milieu social très privilégié, mais c’est aussi une façon de magnifier le sujet du film.

Venons-en justement au sujet : vous le savez sans doute, il s’agit d’une fin de vie, sous la forme d’un suicide assisté. Le scénario est tiré d’un roman paru en 2020, écrit par Sigrid Nunez, une autrice New yorkaise. Lors de la présentation du film à la Mostra de Venise, Almodovar est apparu aux côtés de Swinton comme un partisan de l’euthanasie. « C’est un film qui défend l’euthanasie », a déclaré le réalisateur lors de la conférence de presse qui a suivi la première projection. « Il s’agit de la liberté personnelle de l’homme, de son droit à ne pas laisser la maladie décider quand la fin est proche, mais à garder lui-même les rênes ». Mais pour Tilda Swinton, c’est avant tout un film sur les vieilles amitiés, « comment elles nous soutiennent et pourquoi nous en avons besoin à ce stade de notre vie »

 

Au final, on retrouvera dans ce film les couleurs d’Almodovar, son amour des actrices, son sens du mélodrame. Avec ce film, le réalisateur a enfin remporté la plus haute distinction d’un grand festival : le lion d’or à la mostra de Venise, alors : le meilleur film d’Almodovar ? A vous de voir !

Leurs enfants après eux, Ludovic et Zoran Boukherma

Leurs enfants après eux, de Ludovic et Zoran Boukherma

C’est toujours une expérience étrange de lire un livre après avoir vu son adaptation et de voir un film après avoir lu le livre dont il est tiré. C’est pourtant une expérience banale puisque 20% des films de cinéma sont des adaptations de romans.

Nicolas Mathieu, est un auteur vosgien que j’ai découvert dès son premier roman, Aux animaux, la guerre, qui a ensuite été adapté par Alain Tasma sous la forme d’une série TV très réussie.

Leurs enfants après eux est son 2ème ouvrage, pour lequel il a obtenu le prix Goncourt en 2018. L’auteur n’a pas participé à l’adaptation, il considère en effet que ce n’est pas son travail. Mais il a apprécié le fait que les réalisateurs aient le projet d’injecter du romanesque dans son œuvre, en s’inspirant de réalisateurs comme Scorsese ou Paul Thomas Anderson.

Cette adaptation est le 4ème long métrage des jumeaux Boukerma, Zoran et Ludovic, après L’Année du requin que vous avez pu voir ici en 2022. Initialement, l’adaptation devait être réalisée par Gilles Lelouche, qui a finalement préféré se concentrer sur L’Amour ouf, on peut d’ailleurs noter un certain nombre de points communs entre les 2 films: la durée, l’aspect social, un amour contrarié, les ellipses temporelles, sans parler de Gilles Lellouche, lequel n’est donc pas à la réalisation mais dans un second rôle.

L’action du roman se situe donc autour de 4 étés dans une ville nommée Heillange, et qui évoque Hayange, petite ville industrielle de Moselle, dans la vallée de la Fensch, mais alors que le roman fait des incursions dans d’autres territoires, et d’autres saisons, les réalisateurs ont décidé de ne garder que ce qui se déroule dans cette ville, et seulement au cours de ces 4 étés. De même, là où Nicolas Mathieu fait beaucoup de commentaires sociologiques (c’est sa marque de fabrique) les réalisateurs ont choisi de montrer en quelques images la fin de ce monde industriel au lieu de la décrire longuement. Les personnages ont été modifiés aussi : l’adolescent incarné par Paul Kircher, que l’on a vu dans Le règne animal, est plus lunaire que celui du roman ; de même, le père raciste imaginé par Nicolas Mathieu est devenu un alcoolique qui se fait surtout du mal à lui-même.

Au final, Lellouche qui campe ce père affirme qu’il est content d’avoir laissé la place à des gens de cette génération pour adapter ce livre, reste à voir ce que vous en penserez de votre côté ! Et rendez-vous pour le prochain livre de Nicolas Mathieu qui sera adapté au cinéma, il s’agit de Connemara, avec Alex Lutz à la réalisation.

Danièle Mauffrey

Conclave, d’Edward Berger

 

 

CONCLAVE, d’EdWARD BERGER – 2 janvier 2025 – Pres. Marion Magnard

En ce jour du 2 janvier 2025, TOILES-EMOI vous présente tous ses meilleurs vœux, auxquels je me permets d’ajouter un très gros souhait : que la nouvelle année soit pacificatrice, mais malheureusement je crains qu’il ne soit qu’une utopie…

Je me suis proposée pour la présentation du film CONCLAVE d’une part parce que j’avais gardé un bon souvenir d’ Habemus papam, de Nanni Moretti, sorti en 2011, avec l’excellent et regretté Michel Piccoli et d’autre part que j’étais curieuse de découvrir comment le  réalisateur allemand Edward BERGER avait conçu sur le même thème un film qu’on disait tout à fait différent.

Edward BERGER est né en Allemagne de l’Ouest en 1970. Et c’est en Allemagne réunifiée qu’il fait des études de Cinéma. Désireux d’une carrière internationale, il va compléter sa formation à New-York. Il commence ensuite la réalisation par des films et des séries pour les Télévisions anglo-américaines et pour Netflix.

En 2022, il réalise une adaptation d’à l’ouest rien de nouveau, le roman de son compatriote Erich Marie Remarque, film très bien accueilli aux USA où il obtient l’Oscar du meilleur film international. En 2024, il adapte Conclave, le roman de l’écrivain anglais Robert HARRIS. Je me documente donc sur ce roman et là je découvre que nous allons dans le film être plus proches de la Conspiration du Caire de Tarik SALEH que d’Habemus papam.

BERGER a choisi de réaliser un thriller palpitant dans le monde ultra-secret d’une élection au Vatican, avec un scénario diabolique, un film sur la lutte pour le pouvoir au cœur de tous les mondes, qu’ils soient politiques, religieux, ou économiques. Tractations, scandales, mensonges, rebondissements s’enchevètrent, dans la splendide architecture du Vatican. Vous découvrirez comment on vit (et meurt) dans ces lieux et vous admirerez la technique du réalisateur dans les jeux des lignes de fuite et des couleurs. Quant à la musique de Volker Bertelman, elle est en parfaite harmonie avec le scénario.

Pour la distribution, BERGER a choisi les meilleurs des acteurs canadiens, italiens, anglais, américains. Pour ne pas alourdir mon propos, je n’en citerai que deux : Ralph Fiennes magnifique en homme d’Eglise dévoué, intègre mais fatigué, en proie au doute, allant jusqu’au bout de sa tâche ( très différent de son rôle d’affreux nazi dans la liste de Schindler). L’autre acteur , c’est une actrice, Isabella Rossellini, superbe dans son rôle de Sœur Agnès, droite, audacieuse et féministe.

Peut être un Oscar pour CONCLAVE ?

La vallée des fous, de Xavier Beauvois

LA VALLEE DES FOUS

Scénario adaptation et dialogues sont de Xavier Beauvois, Gioacchino Campanella et Marie Julie Maille qui n’est autre que l’épouse de Xavier

Xavier Beauvois est âgé de 57 ans. Il abandonne le lycée en classe de terminale, s’installe à Paris, multiplie les rencontres, et échoue au concours de l’IDHEC (institut des hautes études cinématographiques), (devenue aujourd’hui pour la petite histoire la FEMIS comme son acronyme ne l’indique pas école supérieure des métiers de l’image et du son). Autodidacte, cet échec ne remet pas en cause son désir de faire des films et il parvient à obtenir un agent en la personne du très connu Dominique Besnehart, réalise en 86 son premier court métrage « Le Matou ». Il en réalise d’autres ainsi que des reportages pour M6, et obtient quelques récompenses. Puis viennent des films marquants, « N’oublie pas de mourir » en 95, « Le Petit Lieutenant » en 2005 et puis le très beau film en 2010 « Des hommes et des Dieux » racontant le massacre des Moines de Tibhérine dans l’Atlas algérien, avec l’excellent Michael Lonsdale, et « Albatros » en 2021 film profond et boulversant impeccablement interprété par Jérémy Rénier .

Le voilà à nouveau sur « mer » avec LA VALLEE DES FOUS . C’est l’histoire de Jean Paul qui grâce à cette course virtuelle va renouer avec sa vie et sa famille. Je ne vous en dirais pas plus vous avez dû tous lire le synopsis.

Jean Paul Rouve raconte qu’il a tout de suite accepté de faire ce film car il connaissait bien Xavier et son épouse. Le cinéma c’est du « faux ou du vrai dans le faux » dit-il. Son personnage fait exactement cela : une course de bateaux pour de faux et pour de vrai. Il s’est préparé comme un vrai marin, mais son bateau ne bougera pas de son jardin.
Vous remarquerez tout au long du film la subtilité de jeu du visage de JP Rouve, les scènes avec les autres acteurs étant jouées via les écrans d’ordinateur.

La Vallée des Fous raconte une histoire très singulière, mais charrie des émotions que chacune ou chacun a pu ressentir dans sa vie.

Très important, La Vallée des Fous, où l’histoire se situe, est l’autre nom de Port La Forêt, qui est la Mecque des navigateurs. Tous les plus grands s’y sont entraînés, d’Eric Tabarly à Jean Le Cam, ou de Vincent Riou à Michel Desjoyeaux.

Enfin, dernière précision, la musique est signée Peter Doherty, que vous connaissez sûrement, plus connu comme rockstar à la vie tumultueuse, assagi tout de même depuis quelques années, reprenant sa vie en main, et devenant « un peu poète » et s’essayant comme acteur.

Je termine en vous disant Bon film et……Bon vent

Sylvie Guiseppin